MARCEL L’HERISSON
J’ai fait la connaissance de Marcel.
Je rentrais chez moi, vers 20h00 après une bonne journée de travail studieux, quand je suis tombé dessus. Dans le bois de Boulogne, en plein virage, il dormait sur le bitume chaud.
Vous me connaissez, je suis de ceux qui ne font pas semblant de ne pas avoir remarqué. Au moins 30 voitures ont du passer là au risque de l’écraser, et pas une s’est arrêtée. Je stoppe furieux contre tous ces pauvres cons qui se foutent de rouler sur Marcel. Et tout en m’approchant de lui je préviens le 15 que j’ai besoin de leur aide.
Marcel dort paisiblement, inconscient du danger de la situation. La toison en bataille et grouillante de vermines, il ne semble pas dérangé par ces locataires parasitaires. Il est sale, boueux et sent fort l’urine. Sa dernière toilette date à vue de nez de 2 bons mois.
- Eh, réveillez vous ! Vous êtes en plein milieu de la route !
- Hum…
- Eh, allez ! Comment vous vous appelez ?
- Marcel.
- Faut bouger là Marcel !
Marcel est ivre mort, l’odeur d’alcool, quand il ouvre sa bouche vaseuse, surpasse presque celle de l’urine.
- Marcel, allez vous mettre sur le trottoir, s’il vous plait.
- Pourquoi ?
- Vous allez vous faire écraser !
Finalement, avec difficulté et sous mes encouragement, il a rampé tant bien que mal jusqu’au trottoir. Cela faisait un quart d’heure que j’étais là et le 15 ne s’était toujours pas manifesté. Je commence donc par les rappeler en leur expliquant l’urgence de la situation, avant de reprendre ma conversation avec Marcel.
- Eh, Marcel ! Retournez pas sur la route !
- M’en fout j’ai froid.
- Vous allez vous faire broyer ! (C’est con un hérisson).
- Et alors ?
- Vous voulez pas mourir ?
- Pourquoi pas ?
- Je sais pas, la famille, les amis, la vie…
- J’ai rien, je m’en fous.
Bref le dialogue était difficile, Marcel n’aime plus la vie. Il n’a pas de maison, pas de travail, il est seul et boit pour oublier, pour tout oublier.
Les pompiers ont finis par arriver au bout de 35 minutes ! Si, si j’avais ma montre. Pour un hérisson il semble qu’ils ne sont pas très pressés. Après tout ce n’est qu’un hérisson, ils en meurent tous les jours.
Marcel a 45 ans, il vit dans la rue depuis cinq ans maintenant. Sous la crasse, on peut observer un mec sympathique aux yeux bleus et cheveux frisés. Marcel est parti avec les pompiers et il ne mourra pas, enfin pas aujourd’hui. Marcel est SDF, pauvre et allergique à la vie.
En rentrant, j’ai pensé au maire de Levallois, le très agréable Patrick Balkany. J’aimerai bien organiser un dîner avec lui et Marcel. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais en 2005, Patrick a expliqué que les pauvres n’existaient pas. Tout chic dans son costume, fraîchement maquillé il nous a dit que les pauvres étaient riches. Car ils gagnent moins d’argents, mais payent moins cher leur loyer CQFD. Les SDF (Marcel) ont décidés de l’être et c’est de leur faute ! je vous joint cette mémorable explication.
Si vous tombez sur un hérisson, n’hésitez pas à l’envoyer dîner chez Patrick. Lui ça le dérange pas, il les considère comme des fantômes…
Moi ça me gène un homme qui devient hérisson, autant qu’un con qui devient maire.
Thomas Vezin
